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Introduction. L’étude de l’influence de l’inflammation dans les troubles psychiatriques majeurs a connu un essor important durant les deux dernières décennies. Il a été suggéré que l'inflammation pouvait participer au processus de vieillissement cellulaire accéléré ("inflammaging"). La protéine C-réactive ultrasensible (hs-CRP) est un marqueur inflammatoire périphérique consensuel. Une élévation de la hs-CRP s'accompagne d'une inflammation cérébrale (neuro-inflammation). Dans la schizophrénie, il a été démontré que la présence d’une inflammation périphérique était associée à des troubles cognitifs augmentés. Les études précliniques ont suggéré que les antipsychotiques pouvaient influencer l’inflammation, avec des résultats contradictoires. Ainsi, pour une même molécule, des études ont suggéré une activité pro-inflammatoire, d'autres une activité anti-inflammatoire. Une méta-analyse a également suggéré que les antidépresseurs avaient une forte activité anti-inflammatoire.  L’objectif de la présente étude était de déterminer l’influence des antipsychotiques, mais également des antidépresseurs, des thymorégulateurs, sur le statut inflammatoire des sujets souffrant de schizophrénie.
Méthode : 405 sujets stabilisés souffrant de schizophrénie ont été recrutés dans 10 centres de consultation expertale entre 2010 et 2016. La CRP ultrasensible a été mesurée pour chaque patient. Une évaluation clinique complète standardisée a été effectuée, les traitements actuels et les comorbidités ont été relevés ainsi que toutes les variables confondantes pouvant influencer l’inflammation. Sur le plan statistique, une méthode innovante par régression de Poisson- zero inflated a été effectuée pour prendre en compte le profil non paramétrique des données (avec notamment une proportion importante de hs-CRP indétectables). 
Résultats : 148 sujets (36.5%) avaient une hs-CRP indétectable (CPI-). Selon l’analyse multivariée dans la partie zero-inflated du modèle, la probabilité d’avoir une CRP indétectable était associée à un indice de masse corporelle (IMC) plus faible (p<.0001) et l’absence de traitement par cyamemazine (p=.00098).
Parmi les 257 autres participants (63.5%) dont la hs-CRP a pu être mesurée, une augmentation de la hs-CRP était associée au sexe feminin (p=.0037), à un IMC plus élevé (p<.0001), au tabagisme actuel (p<.0001), au traitement par quetiapine (p<.00006) et hypnotique (p=.0006). Les traitements par aripiprazole (p=.0036) et valproate/valpromide (p=.0346)  apparaissait au contraire protecteurs de l’inflammation périphérique. La consommation de cannabis, d'alcool, l'âge de début de la maladie, la sévérité actuelle, la symptomatologie psychotique, la dépression, les antécédents de psychotraumatismes dans l'enfance n'ont pas été associés à l'inflammation périphérique.
Discussion : ces résultats suggèrent que l’aripiprazole et le valproate/valpromide semblent protecteurs d’une inflammation périphérique, alors que la quetiapine, la cyamemazine et les hypnotiques semblent associés à une inflammation périphérique augmentée. Ces résultats ont été obtenus indépendamment de l’IMC et du tabagisme actif, deux sources majeurs d’inflammation. Ceci suggèrerait que la piste métabolique ne suffise pas à expliquer l’association retrouvée. De plus le valproate a été retrouvé protecteur de l’inflammation alors qu’il peut entrainer une prise de poids.Cette activité anti-inflammatoire pourrait être expliquée par les propriétés multiples du valproate, notamment son activité anti-toxoplasmique et histone déacétylase. Les troubles du sommeil et l’anxiété pourraient expliquer l’association entre l’inflammation et les prescriptions de quetiapine, de cyamemazine et d’hypnotiques. Nous discutons les perspectives qu’ouvrent les présents résultats pour proposer une prise en charge personnalisée aux sujets souffrant de schizophrénie.
 

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