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Introduction : Les troubles du spectre schizophrénique (TSS) ont une héritabilité élevée (60-70%) et l'étude des variants génétiques à risque est un enjeu majeur pour la compréhension de leur physiopathologie. Toutefois, 96% des études génétiques ont à ce jour été menées dans des populations à ancêtre européen, marquant les résultats d’un biais eurocentrique. Dans le cadre d’une étude de faisabilité, nous avons cherché à estimer l’importance des facteurs héréditaires dans une population insulaire de la Caraïbe. Méthode : Nous avons répliqué la méthode de l’Irish High Density Family Study (Kendler, 1996) en Guadeloupe (Grande Terre, Marie Galante et Désirade) et mené une étude d’épidémiologie génétique indirecte, sans témoin apparié, en évaluant auprès des soignants les antécédents familiaux jusqu’au 2e degré de l’ensemble des patients âgés de plus de 16 ans suivis dans des structures psychiatriques publiques entre janvier 2014 et mars 2015. Les diagnostics des patients et apparentés étaient relevés des dossiers médicaux. Résultats : 2 889 patients avaient consulté dans un des sept Centres Médico Psychologiques (CMP) du territoire. 47%  étaient suivis pour TSS, dont 50% diagnostiqués schizophrènes. Dans cette file active, 15% des patients avaient un apparenté suivi en psychiatrie et 172 familles multiplexes ont été identifiées. En ne comptant qu’un probant par famille, 10% des patients TSS avaient des antécédents familiaux. En comparaison, 3%, 6%  et 11% des patients consultant respectivement pour un trouble dépressif, anxieux et bipolaire avaient un apparenté atteint. Discussion : Il s’agit de la première étude d’épidémiologie génétique en psychiatrie menée dans la Caraïbe. Les avantages de l’insularité - regroupement des familles sur le territoire, faible turn-over des équipes de CMP et une grande majorité de patients suivis par les CMPs du fait d’une offre libérale limitée - ont permis l’étude indirecte d’une large population de 225 283 habitants, rapide et à faible coût. Avec respectivement 10% et 14% de formes familiales de TSS et  de schizophrénie, les facteurs héréditaires dans cette population insulaire étaient inférieurs à ceux décrits dans d’autres isolats tels que le Nord de la Finlande (29%) ou les îles Palau du Pacifique (93%). Ce résultat était également inférieur aux études en population mixtes (20-30%). Dans une région où la prévalence des troubles psychotiques serait élevée (3.99%), cette faible part de facteurs familiaux interroge, en plus des biais méthodologiques, l’importance des facteurs environnementaux spécifiques à l’archipel : migrations, cannabis, mais aussi infections virales périnatales. Conclusion : Dans cette première étude d’épidémiologie génétique caribéenne des TSS, l’impact des facteurs héréditaires apparait modéré. La caractérisation de 172 familles multiplexes au sein d’une file active de 2 889 patients  ouvre la voie pour une étude génétique des troubles psychiatriques dans cette population.

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